1800 heures d'enregistrements audio rares mis en ligne vers la fin de 2018

Le Directeur général du Centre des Musiques Arabes et Méditerranéennes (CMAM), Anis Meddeb, a dévoilé le plan futur du centre qui mettra en ligne, vers fin 2018, ses trésors sonores datant du début du 20ème siècle.

 1800 heures d'enregistrements audio rares mis en ligne vers la fin de 2018

En effet, un site web dédié au patrimoine musical tunisien, arabe et méditerranéen, sera activé sur le net et dont le contenu sera à disposition du grand public, en concrétisation de la stratégie de la culture pour tous.

Plus de 1800 heures d'enregistrements sonores sont déjà numérisés. Une collection de près de trente et un mille enregistrements audio rares sont chichement gardés dans la phonothèque nationale du centre, inaugurée en novembre 1994.

C’est ce qui confère au centre cette dimension de lieu de sauvegarde, de préservation et de valorisation du patrimoine et de tout l'héritage musical tunisien. Cet héritage sonore qui est au cœur de l'histoire et de l'identité musicale nationale et arabe, forme le véritable trésor du centre, selon Anis Meddeb, le Directeur général du CMAM, dans un entretien avec l'Agence TAP.

«Outre les chansons arabes et mouachahats, les enregistrements comptent une variété sonore de styles de musicaux propres aux confréries soufies ainsi que l'héritage liturgiques dont l’appel à la prière et la récitation du Coran. Les sonorités africaines des populations noires, des amazighs et celles des communautés maltaises, espagnoles et françaises en Tunisie et leurs mélodies forment aussi une part importante de cette collection bien gardée aux archives du centre qui « veille à sa sauvegarde et à en faire connaitre les diverses évolutions qu'a connues la musique tunisienne à travers les époques et décennies passées", d'après l'universitaire et musicologue Meddeb, nommé à la tête du centre depuis fin décembre 2016.

Au cours de la seule année 2017, l'équivalent de plus de 1800 heures d'enregistrements a été numérisé par des musicologues qui collaborent avec le centre.Sur une totalité de 350 boites de manuscrits, contenant chacune plus de 500 documents, seulement le contenu de 121 boités a pu être numérisé. Il s’agit de partitions et d'études musicales réalisées par le Baron d'Erlanger, fondateur du Palais, qui portent sur l'examen de la structure mélodique et rythmique arabe ainsi que sur l'analyse des Maqams arabes à l’instar des œuvres de feu Mannoubi Senoussi, musicologue, ancien collaborateur et secrétaire particulier du Baron d’Erlanger ayant vécu entre 1901-1966.

Aucune copie d’œuvres musicales modernes n'est parvenue au Centre depuis 7 ans. Le directeur du CMAM fait état de "près de 12 ouvrages sur la musique tunisienne, entre études et enquêtes, qui devront être publiés au cours de l'année prochaine, qui sera baptisée par le ministère des Affaires Culturelles, année nationale du livre".

Classé monument historique depuis 1988, le Palais Ennejma Ezzahra s’est vu par la suite abriter le Centre des Musiques Arabes et Méditerranéennes (CMAM), comme institution pluridisciplinaire, à dimension arabe et méditerranéenne, consacrée à la musique créée en 1991 et inaugurée un an plus tard.

S'agissant des contraintes que connaît le Centre qui depuis le 26 août 2011, s’est vu attribué le statut d’Etablissement public à caractère non administratif (Epna), Meddeb a surtout évoqué le déséquilibre constaté dans la trésorerie de la phonothèque. Depuis 2010, la diffusion en masse des œuvres artistiques et littéraires sur le net -qui n'est pas soumise au dépôt légal-, a largement impacté les acquisitions du centre en musiques alternatives et moderne (rap, underground..), très répandues chez les jeunes adeptes de la toile.

Durant les sept dernières années, aucune copie de dépôt légal de ces œuvres musicales n'est parvenue au Centre, déplore le maître des lieux en parlant de "nouvelles formes d'expression artistiques qui seront les futurs témoins d'une période historique du pays."Le centre restera ouvert aux acteurs et créateurs de tous genres de musiques, classique et contemporaine, afin qu'ils puissent remettre des copies de leurs œuvres et productions qui devront enrichir et sauvegarder le patrimoine sonore et musical national.

L'autre contrainte évoquée par Anis Meddeb se rapporte à la baisse notable depuis déjà deux ans des fonds mis à la disposition du centre qui assure une certaine autonomie financière grâce entre autres, aux visites de groupes et de touristes. Et pour cause, les attaques terroristes survenues au Musée du Bardo, ceux perpétrées à la zone touristique de Sousse ou contre le bus des agents de la sécurité présidentielle à l'avenue Mohamed V au cœur de la Capitale, qui ont eu "des retombées négatives sur les recettes annuelles du centre, provenant du tourisme, et qui avoisinaient les 100 mille dinars, et qui ont chuté vertigineusement pour se situer autour de 4 mille dinars, une somme insignifiante", selon Meddeb.

Dans l'ultime but de remédier à cette faille budgétaire, le Centre œuvre à intensifier et à élargir ses activités pour abriter dans ses différents locaux les manifestations privées organisées par des institutions bancaires, les ambassades et autres organismes privés. Cependant, la fréquence de l’organisation de tels événements demeure saisonnière et liée aux aléas climatiques surtout pour les espaces extérieurs qu'abrite les jardins du palais.

Perpétuant sa tradition entamée un certain 19 novembre 1993, date du premier concert au Cmam, une centaine de concerts se sont produits dans ces lieux. Pour la seule saison estivale 2016, le Palais a accueilli trois grands événements artistiques dont des soirées ramadanesques, la seconde édition du festival du Rire-Tunisie, les spectacles de la 2ème session du Festival Rouhanyet, qui ont vu défiler un grand nombre de spectateurs.

Actuellement, le centre s’est fixé un objectif spécialement orienté vers les revenus que puissent rapporter la fabrication d'une large gamme d'instruments traditionnels de musique avec pour ambition de les commercialiser auprès des musées internationaux de musique.

Fabriqués par des étudiants et stagiaires spécialisés dans la production des instruments de musique, dans le cadre d'ateliers supervisés par Mohammed Hedi Bellasfer, de tels instruments sont destinés à l’export tels que les Luths (oud) qui sont proposés à 2500 euros la pièce, (soit plus de 7.300 mille dinars).

De ce fait, un plan promotionnel virtuel pour l'an 2018 sera mis en place sur la plateforme du nouveau site du CMAM pour la commercialisation des produits de ce centre abritant l'un des plus importants musées d'instruments de musique sur le Continent.

Les actions de promotion de l'image du CMAM continuent avec un évènement prévu les 7,8 et 9 décembre prochains, intitulé "Conférence internationale de la Tunisie sur la le maqam du point de vue de la modernité" à laquelle seront invités des chercheurs issus de pays méditerranéens dont la Belgique, la France, l'Italie et le Liban.

En plus du budget public qui lui est réservé et les activités internes visant à fournir des revenus supplémentaires, le Centre compte davantage sur les mesures incitatives qu'offre la loi du mécénat culturel pour contribuer d'avantage à épauler sa stratégie et son plan d’action. Cette loi constitue une motivation pour les investisseurs privés à s'engager dans des actions culturelles en leur offrant des avantages fiscaux exceptionnels et des abattements sur les sommes dispensées à titre de parrainage culturel qui sont par la suite déduites de leurs impôts.

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