Tourisme Tunisien : Nous avons le potentiel, mais plus la destination, le cri du cœur d'Amel Djait

Face à un modèle à bout de souffle, l'experte en communication et figure du tourisme authentiqueAmel Djait, appelle à une révolution de l’expérience client. Entre rigidité administrative et perte d'identité, le secteur est à la croisée des chemins.

Tourisme Tunisien : Nous avons le potentiel, mais plus la destination, le cri du cœur d'Amel Djait

L’heure n’est plus aux faux-semblants. Dans une intervention sans langue de bois, Amel Djait dresse un constat lucide sur l'état du tourisme en Tunisie. Pour celle qui porte la voix d'un tourisme ancré dans le territoire, le diagnostic est clair : si le pays regorge de richesses, la destination s'érode sous le poids de programmes obsolètes et d'une machine administrative grippée.

L'ADN du pays sacrifié sur l'autel de la logistique

Le premier point de friction réside dans la standardisation excessive des séjours. Amel Djait déplore des programmes réduits à une simple succession de flux logistiques : arrivée, transport, arrivée, transport, départ, déjeuner. Cette approche purement utilitaire finit par gommer l'essentiel : l'âme du pays.

Cela nous réduit, nous, en tant que porteurs de l’ADN de ce pays qui a bien plus que ça à montrer et à raconter.

L'experte pointe également une déconnexion flagrante entre le potentiel brut de la Tunisie et la réalité de l'offre actuelle, laquelle semble s'être dégradée au fil des années.

Le frein administratif et le paradoxe des prix

Le secteur souffre d'un manque de flexibilité qui paralyse l'innovation. Citant l'exemple des randonnées ou des vols en montgolfière, elle souligne un manque à gagner colossal : là où une expérience est bradée en Tunisie, elle est valorisée à son juste prix ailleurs.

Plus grave encore, les initiatives locales se heurtent souvent à des barrières administratives et sécuritaires disproportionnées. Si vous voulez prendre un verre sur un bateau dans la baie de Hammamet, vous allez avoir la marine, la force publique, l'armée. Une situation qui illustre les contraintes qui freinent le tourisme de plaisance.

La quête d'authenticité : le nouveau Graal

Le voyageur moderne a changé. Qu'il choisisse le luxe ou le tourisme de masse, il recherche avant tout une connexion authentique.

L'émotion et le sens : vivre une expérience locale réelle.

Le Slow Tourism : ralentir et découvrir l'authenticité tunisienne.

La valorisation du patrimoine : à travers des produits identitaires comme le Z’har.

Pour Amel Djait, l'enjeu n'est pas d'opposer les modèles, mais de les faire cohabiter intelligemment : un hôtel ne prendra jamais la place d'une maison d'hôte, et une maison d'hôte ne prendra jamais la place d'un gîte rural.

Perspectives : récupérer notre patrimoine

L'urgence est à la réappropriation du patrimoine tunisien. Alors que certains marqueurs de l'identité commencent à échapper au pays, il devient crucial de réinventer l’offre touristique autour de l'humain et de la culture.

La Tunisie ne redeviendra une véritable destination que si elle passe d'une logique de transport de passagers à une logique de créateur d’émotions. Le potentiel est là, les infrastructures aussi ; il ne manque plus que la volonté politique pour libérer toute la richesse de l'tourisme tunisien.