Le 16 octobre, dans le cadre de la Biennale de Paris en Tunisie, Amel Djait a présenté à Dar Jbel le premier jardin littéraire à ciel ouvert de Tunisie. Avec lui ouvrent le Musée invisible du Zhar et SELEM, premier labyrinthe du pays.
Le 16 octobre, dans le cadre de la Biennale de Paris en Tunisie, Amel Djait a présenté à Dar Jbel le premier jardin littéraire à ciel ouvert de Tunisie. Avec lui ouvrent le Musée invisible du Zhar et SELEM, premier labyrinthe du pays.
Vendredi 16 octobre, la Biennale de Paris en Tunisie, partenaire de l’événement, a fait halte à Dar Jbel, gîte rural de la campagne de Hammamet, pour le lancement du Jardin des Murmures. Œuvre d’Amel Djait, hôte-auteure, c’est un jardin littéraire à ciel ouvert : les arbres s’y confient, les herbes racontent des fables et le zhar, l’eau de fleur d’oranger, y passe de main en main. Devant les artistes de la Biennale, parmi lesquels son directeur Alexandre Gurita, Yosr Mahmoud et Ralf Porzel, elle a aussi ouvert le Musée invisible du Zhar et SELEM, premier labyrinthe de Tunisie. L’ouverture officielle au public est prévue d’ici les fêtes de fin d’année 2026, début 2027.
Un jardin qui se lit, s’écoute et se traverse
Le Jardin des Murmures est une œuvre littéraire à ciel ouvert, dont le jardin est le médium. « Ici, ce ne sont pas des poèmes posés dans un jardin. C’est le jardin lui-même qui parle. » Sept arbres, l’olivier, le figuier, le bigaradier, le grenadier, l’amandier, le caroubier et le cyprès, s’y confient à la première personne, en cinq confidences chacun. Sept herbes, du romarin au myrte, portent chacune une fable. Un chœur d’oliviers millénaires de la Méditerranée s’adresse à la petite oliveraie de Dar Jbel. Le visiteur devient lecteur. Le territoire devient la page.
C’est à la fois une œuvre et une manière de recevoir, qu’Amel Djait appelle l’hospitalité narrative, en écho à l’« hospitalité langagière » de Paul Ricœur : partir du lieu et de ceux qui le font vivre, plutôt que d’y plaquer une histoire pour le vendre.
« Le tourisme de masse vend des décors. L’hospitalité narrative ouvre des récits. » Amel Djait
« Qui a le droit de raconter un pays ? »
Le lancement s’est inscrit dans la Biennale de Paris en Tunisie, du 10 au 16 octobre 2026, partenaire de l’événement. Un jardin qui parle, un musée sans vitrine : la rencontre avec l’art invisible allait de soi. « Votre présence me fait découvrir que beaucoup d’autres, ailleurs, cherchaient et cherchent encore dans la même direction », a dit Amel Djait aux artistes de la Biennale.
Son discours d’ouverture pose la question qui traverse tout le Jardin : « Qui a le droit de raconter un pays ? Celui qui le classe ? Celui qui le vend ? Ou celui qui le vit ? » Sa réponse : écouter ceux qui savent, le paysan qui sait quand tailler, les femmes qui cueillent la fleur d’oranger à l’aube, et leur faire une place dans le récit.
« Un pays n’est pas un décor. C’est un personnage qui palpite, qu’on écoute. Il a une mémoire, des secrets, des contradictions. Et il vous résiste. » Amel Djait, discours du 16 octobre
Une expérience, du livret au Cercle du Mrach
Après le discours, la présentation a pris la forme d’une traversée. Les participants ont reçu le livret du Jardin, publié pour l’occasion, puis découvert les premières plaques de marbre : en français et en anglais, elles ouvrent, par un code à scanner, des récits à lire et à écouter, dans le jardin comme à l’autre bout du monde. Dans le labyrinthe, quatre lecteurs ont porté la voix des millénaires : Al-Badawi en Palestine, Vouves en Crète, Lakarit à Douiret et Echraf à El Haouaria. La traversée s’est achevée par le Cercle du Mrach : l’eau de fleur d’oranger versée de main en main, d’un invité à l’autre, sans jamais appartenir à personne.
On y entre pour une visite. On en repart avec un geste.
SELEM, premier labyrinthe de Tunisie
Au cœur de l’oliveraie, SELEM est un labyrinthe tracé parmi les oliviers, bordé d’agaves, de sauge, de romarin et de thym. Son nom fait écho à l’arabe silm, la paix. On n’y va nulle part : on y ralentit. « Un labyrinthe défend le droit de se perdre : un pays qu’on comprend en cinq minutes est un pays qu’on a déjà piétiné. »
Le Musée invisible du Zhar est ouvert
Un musée sans murs ni vitrines, dont les collections sont des gestes, des parfums et des voix : tout ce qu’un peuple sait sans l’avoir jamais écrit. Né au printemps 2025, pendant la récolte de la fleur d’oranger, bien avant que la Biennale ne frappe à la porte, il consacre son premier chapitre au zhar du Cap Bon. Chaque printemps, la région envoie son néroli aux grands parfumeurs du monde. « Le parfum part. La valeur aussi. » D’autres chapitres suivront, consacrés à d’autres mémoires végétales de la Tunisie. Un livre d’Amel Djait sur le zhar paraît en avril 2027.
Ouverture au public d’ici les fêtes
L’ouverture officielle du Jardin des Murmures et de SELEM est prévue d’ici les fêtes de fin d’année 2026, début 2027. D’ici là, le Jardin se découvre le temps d’un séjour ou d’une expérience à Dar Jbel, sur réservation ; jardin privé, il accueille aussi séminaires, retraites d’entreprise et événements. Labellisée Zahar Tour Durable, la maison y développe un modèle d’écotourisme et d’agriculture durable, au rythme des saisons du Cap Bon : la récolte des olives jusqu’à la mi-décembre, la distillation de la fleur d’oranger au printemps. Un podcast né du Jardin suivra dès janvier 2027, puis un atelier de création photographique au printemps et une première résidence d’artistes en octobre 2027.
« Je ne vous invite pas à illustrer le Jardin des Murmures. Je vous invite à le déplacer. » Amel Djait, discours du 16 octobre